Ce n’avait pas été un coup de foudre. Ces choses-là n’existent que dans les contes de fées (même si, pour être exact, votre serviteur a bien connu le coup de foudre cette année, quand un éclair surpuissant a frappé le toit de la voiture qui le ramenait de vacances à la fin de l’été, mais ceci est sans lien avec l’histoire d’aujourd’hui, vraiment).
Pas de coup de foudre, pas de love at first sight… A dire vrai, nous avions plutôt commencé par nous ignorer, peu soucieux d’en savoir plus l’un sur l’autre. Un mot par-ci, une marque d’intérêt par là, une rencontre fugace, entre deux portes. Quelqu’un m’en parlait, je tendais l’oreille, mais sans me douter un seul instant que nos trajectoires se téléscoperaient ainsi.
Mars arriva, et mon monde fut chamboulé. Timidement d’abord, au bureau, à la maison, entre amis… elle était là. S’immisçait dans ma vie. Et vint le confinement ; merveilleux confinement. Chaque jour devint une nouvelle promesse ; le soleil se levait comme pour la première fois. Après la rencontre vint le temps de la découverte. De WhatsApp en Zoom, nous ne nous lâchions plus ; je voulais savoir ce qu’elle avait fait de sa journée, rester sans nouvelles était une douce torture. Nous vécûmes pendant ces mois bénis d’amour et de bière fraîche – et de quelques saucisses grillées (j’ai la flemme de vérifier, mais je crois que l’impact dramatique de ce lockdown sur les populations bovines et porcines a déjà été évoqué sur ce blog).
Certes, il y eut des hauts et des bas ; c’est le jeu de la séduction. Trois pas en avant, deux pas en arrière. Un innocent pas de deux. Un tango, une valse. Un slow. Il y eut des moments de doute, et de frustration. On s’éloigna, un peu, parfois. Le mois de juin fut rude, il sentait la séparation. Le déconfinement, suprême ironie, nous éloignait un peu. Un temps. Nous semblions attirés l’un vers l’autre, inexorablement, et pourtant, nous continuions à ne pas nous rencontrer, comme si seul ce flirt avait le don de nous faire nous sentir vivants. Les secondes qui précèdent le premier baiser, lorsque vous sentez sur votre joue le souffle de l’être qui hante vos pensées… voilà qui peut être le plus grisant de tous les instants.

Les vacances passèrent en un éclair – pour les raisons évoquées ci-plus haut, et qui sont toujours sans aucun lien avec le récit, n’insistez pas ! Nous nous sentions à la fois si proches, et si loin. Au fond, nous parcourions sans doute chacun, de notre côté, des milliers de kilomètres… seulement pour découvrir le véritable malheur d’être soi.
Et c’est ainsi que vint la fin de l’été, et de l’insouciance. « Rien ne dure dans ce monde cruel, pas même la souffrance », comme l’écrivait Charlie Chaplin. Je devais commettre la pire erreur de toutes. Je m’approchai d’elle, trop vite sans doute, et trop près, sûrement ; tel Icare, je volais vers ma perte. Tout se précipita ; elle décida d’emménager chez moi. Elle posa ses valises. C’était si réel, si violent, la fièvre s’empara de moi. Nous passâmes plusieurs jours sous l’édredon, n’en sortant plus que pour manger. Elle devint si présente… Elle voulut rencontrer immédiatement mes parents, mes amis… Je devais mettre le holà ; je savais bien sûr qu’elle tenait juste un peu trop à moi, mais nous nous devions de prendre nos distances, avant que cette relation ne nous étreigne, nous enserre.
A l’heure de rédiger fébrilement ces quelques lignes, cette saloperie de COVID continue à s’accrocher à moi, et j’espère parvenir à rompre très bientôt. Je préfère qu’on reste amis.
En attendant, je lui ai composé une petite chanson – toute ressemblance avec un morceau connu ne pouvant être que parfaitement fortuite, cela va de soi.
Just A COVID Day
Just a COVID day
Remembering walks in the park
And then later
When it gets dark, we stay home
Just a COVID day
Like animals in the zoo
Then later
A movie, (make it two!), and stay home
It’s been such a COVID day
I’m glad I spent it with you
Oh, such a COVID day
You just kept me hanging on
You just kept me hanging on
Just a COVID day
People all stuck at home
Weekenders on their own
It was fun
Just a COVID day
You made me forget myself
I thought I was
Someone else, someone new
It’s been such a COVID day
I’m glad I spent with you
Oh, such a COVID day
You just kept me hanging on
You just kept me hanging on
A la semaine prochaine, pour une autre jolie berceuse à chanter à vos enfants – pour peu que cette relation toxique n’ait pas raison de moi d’ici là !
Kikh
P.S.: depuis la première publication de ce brillant article, et si l’on se fie à la Croix-Rouge (mais QUI écoute ces ahuris, je vous le demande ?!), il semblerait que ce pénible épisode constitue plutôt une confirmation de l’exactitude et de la pertinence de mon article de l’an passé sur un autre mal frappant l’humanité de plein fouet ; le lecteur jugera…)
